Lors d'une table ronde organisée par Transparency Maroc à Rabat, le foot national a été passé au peigne fin. Corruption, mauvaise gouvernance, opacité financière...
Le foot marocain est miné par les irrégularités. Le point. Il aurait fallu un grand scandale sportif mondial pour que la corruption au sein du football se révèle au grand jour. Dans le rapport de Transparency International, le Maroc n’est pas épargné et fait partie des pays dont la fédération nationale traîne plusieurs irrégularités. Entre mauvaise gestion, opacité et défaillance juridique, la Fédération royale marocaine de football ne fait pas montre d’exemplarité en matière de lutte contre la corruption. « Les résultats positifs d’un seul match ne sauraient cacher toutes les irrégularités qui persistent au sein des clubs et de la Fédération », tonne d’emblée Moncef El Yazghi, spécialiste des politiques publiques portant sur le sport et auteur de l’ouvrage de référence, « La makhzenisation du sport » et présent parmi d’autres experts lors d’une table ronde organisée hier mardi 29 mars par Transparency Maroc. L’occasion de revenir sur plusieurs problématiques d’ordre financier et juridique inhérentes au football marocain.
 
La Fédé échappe à tout contrôle
Si le ministère de la Jeunesse et des Sports et les tribunaux n’arrivent toujours pas à contrôler la Fédération marocaine de football, c’est que celle-ci ne met à disposition du public aucun document officiel abordant ses finances. Des finances que la Fédération de football, de par ses statuts d’association, est obligée de publier, conformément à son règlement intérieur mais aussi à la loi 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports. Ainsi, selon les textes, une publication annuelle du rapport financier puis moral de la FRMF est requise. Sauf, que dans la pratique, les dirigeants sportifs négligent allègrement ce point.
 
« La publicité des rapports revêt une grande importance, surtout quand on sait que les associations sportives sont, en grande partie, financées par l’argent de l’État », explique Moncef El Yazghi. Selon des chiffres dévoilés par le même expert, ce sont plus de 500 millions de dirhams qui ont été utilisés par la Fédération, sous l’ère de Ali Fassi-Fihri, sans qu’aucun rapport financier annuel ne soit présenté.
 
Un point qui n’est pas à prendre à la légère. Entre le financement des sponsors s’élevant à 30 millions de dirhams, celui du ministère de la Jeunesse et des Sports qui est de 98,4 millions de dirhams ou encore les 75 millions de dirhams fournis par chaque institution nationale (Bank Al Maghrib et l’OCP), ce sont au final des centaines de millions de dirhams dont il est question. Des sommes colossales dont personne n’est en mesure de définir le sort, en l’absence de tout rapport financier mais aussi de tout contrôle de la Cour des comptes. « Les fédérations sportives en général profitent de leurs statuts d’association pour échapper au contrôle de l’organe de Driss Jettou », explique
Mustapha Bdioui, spécialiste en droit du sport.
Cette publication de rapports, ce sont tout d’abord les articles 32 et 65 du règlement intérieur de la Fédération qui l’imposent, en plus de la loi 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports. Une publication fortement recommandée par Transparency International qui, en plus des rapports financier et moral, exige également la publication du règlement intérieur et de la charte d’éthique. « Des documents qui viennent tous d’être retirés du portail de la FRMF », s’étonne Moncef El Yazghi. Cette non-publication des documents a valu au Maroc d’être classé 84e sur 209 pays, dans le dernier classement de Transparency International.
 
Une loi inadéquate qui sert tout le monde
Intervenant au sein de la même table ronde, le professeur Mustapha Bdioui, spécialiste en droit du sport souligne l’inadéquation de la loi 30-09 relative à l’éducation et aux sports. « Cette loi, promulguée avant la constitution de 2011, comporte plusieurs irrégularités ». Parmi les points soulignés par le spécialiste en droit du sport, l’article 31 de la même loi qui précise que « l’administration peut procéder à la dissolution de l’organe directeur fédéral et prendre des mesures utiles dans l’intérêt de la discipline sportive concernée ». Une disposition contraire à l’article 12 de la constitution qui précise qu’une association ne peut être dissoute, qu’en vertu d’une décision de justice. Autre point critiqué par l’expert Mustapha Bdioui, la volonté de la loi de faire du sport « un service public ». « C’est bien de donner au sport cette qualité, sauf qu’aucune distinction n’est faite entre le sport professionnel et celui qu’un particulier pourrait pratiquer, dans sa sphère personnelle », précise le juriste.

Quand corruption, politique et football font bon ménage
Tous les facteurs relevés par les différents spécialistes convergent vers un seul point : l’environnement du milieu sportif s’avère être des plus propices pour la propagation de corruption. « Ce qu’on oublie de dire, c’est que les associations sportives ne sont pas tenues de publier des avis d’appel d’offres », fait remarquer Yahya Saidi, également juriste, spécialisé en droit du sport. « De ce fait, il n’est pas rare d’assister à des marchés publics de plusieurs millions de dirhams qui sont accordés, sans aucun appel d’offres, à des personnes membres de la Fédération ou d’un club sportif et qui détiennent en même temps des sociétés », ajoute Yahya Saidi.
 
On devinera mieux l’appétit des notables locaux lorsqu’il s’agit d’élire le bureau de tel club ou encore celui de la Fédération, parmi les plus convoités. « C’est au niveau local que le problème de l’étiquette politique se pose avec celui de sport. Certains profitent des instances sportives comme d’un tremplin pour s’implanter localement puis pour prétendre par la suite à s’imposer au niveau national », remarque l’auteur de « La Makhzenisation du sport », Moncef El Yazghi. Véridique lorsqu’on se rend compte que la plupart des clubs de football sont dirigés par des personnalités avec une étiquette politique ou encore un mandat au sein d’une collectivité ou même d’une des deux chambres du parlement.

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