Entraîneur du Togo depuis quelques mois, Claude Le Roy a réussi l’exploit de qualifier les Eperviers pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2017). A quelques semaines du début de cette compétition, le technicien français s’est confié à Taxi FM, une radio privée de Lomé, à travers une longue interview.

Ce fut l’occasion pour l’ancien entraîneur du Congo de faire le bilan du dernier stage de l’équipe nationale et des matchs amicaux livrés contre les Comores et le Maroc. Claude Le Roy est également revenu sur la forme actuelle d’Emmanuel Adébayor et la préparation d’avant CAN 2017, sans oublier les Eperviers locaux après le tournoi de l’UEMOA.
Le mois dernier, les Eperviers ont commencé un stage. Il y a eu un premier regroupement en Tunisie puis un autre au Maroc. Si on fait un bilan global après ces deux regroupements, êtes-vous satisfait du travail qui a été fait dans son ensemble ?
Je suis satisfait du travail qui a été fait depuis que je suis arrivé ici à Lomé. Je suis satisfait du match contre le Maroc. On a fait un match de grande qualité, surtout une première heure énorme. Après on a perdu 2-1, ce qui constitue une péripétie dans une préparation. Contre les Comores, on a fait un très bon début de match. Et après, dans la demi-heure qui a suivi et le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps, on a été très pauvre techniquement et tactiquement. Mais je n’arrêtais pas de le répéter à tout le monde, notamment à la presse, que les Comores ne sont pas n’importe quelle équipe. La preuve, quelques jours après ils ont fait un match nul contre le Gabon à Libreville. Et quelques semaines avant, ils ont fait un nul contre le Ghana dans un match officiel. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas prendre les Comores pour une quantité négligeable. A partir de maintenant, ils vont compter sur le plan continental parce que l’équipe ne comprend presque que des joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2 en Europe. Donc le bilan de ce stage a été positif. On a beaucoup travaillé, on n’était pas là pour faire des exploits contre ces équipes, mais surtout pour commencer à penser à la CAN 2017. Et comme jusqu’à ce moment on avait livré que des matchs amicaux à domicile, ces deux matchs à l’extérieur nous ont permis de voir comment l’équipe réagissait. On n’est pas dupe et on sait qu’il y a dans notre groupe trois équipes qui peuvent être championnes d’Afrique.

Contre les Comores et le Maroc, on a remarqué qu’il y a encore beaucoup de travail à faire au niveau de l’entre-jeu du Togo. Etes-vous d’accord avec cette remarque des observateurs des Eperviers ?
Je ne suis pas là pour être supporter des supporters. Mon métier c’est de diriger une équipe, et ceux qui disent vox populi, vox dei pour moi se trompent complètement. Ils n’ont qu’à aller voir ailleurs. Moi je bosse beaucoup, la preuve, depuis ce matin on est ici, tout seul, au bord de ce terrain où il n’y a personne, juste pour remettre Adébayor Sheyi en forme. Tous les matins Sébastien et moi on est là. Et donc il n’y a que le boulot qui paye. Les gens ont complètement oublié qu’on ne pensait même pas à la CAN 2017. Je suis arrivé ici sans avoir jamais parlé de la CAN 2017 parce que mon objectif, ce qui figurait dans mon contrat, était de qualifier le Togo pour la CAN 2019. Maintenant la qualification pour la CAN 2017 va nous faire gagner beaucoup de temps. N’oublions pas qu’on est avec une équipe qui ne faisait jamais de matchs amicaux, qui ne se qualifiait pas beaucoup et où on n’engageait pas les équipes dans toutes les compétitions internationales. Nos jeunes n’ont aucune expérience internationale et on vient de faire une compétition, le tournoi de l’UEMOA, où la sélection du Togo a perdu de très peu ces trois rencontres qui pouvaient se transformer en victoire. Et c’était contre des équipes dont l’ossature était au dernier CHAN, des équipes qui jouent très souvent des compétitions de jeunes à savoir les Coupe d’Afrique et Coupe du monde des moins de 17, 18 ou 20 ans. Et pour une équipe locale qui n’a pas joué de compétitions internationales sur les trois ou quatre dernières années, on croit qu’on peut faire des miracles ? Non, le football c’est une épreuve d’endurance et de sport de fond. Préparer les jeunes depuis leur plus jeune âge n’a pas été fait au Togo depuis longtemps. Donc il fait que les gens soient indulgents, qu’ils sachent qu’il y a un travail qui se fait et que le terme de « sorcier » n’est pas toujours adapté.

Revenons à la sélection A. Ne voyez vous pas qu’il y a encore du travail à faire pour qu’on soit prêt pour la CAN ?
J’ai eu la chance de gagner beaucoup de compétitions dans ma carrière. Et je sais que même si vous sortez vainqueur à la fin d’une compétition, il y a toujours du travail à faire après. On est encore très loin du compte parce qu’on a un chantier défensif à mettre en place, le milieu aussi. On a le problème de succession de Kossi Agassa qui est toujours sur la table. Même s’il est toujours là avec un bon niveau, il manque de compétition. C’est pénalisant pour lui et pour nous. Mais c’est un grand gardien, un gardien de grande expérience sur lequel on peut compter. Tout compte fait, il y a encore un grand chantier. Et il ne faut pas oublier qu’on a fait un match au Maroc sans Adébayor, Akakpo, Dossevi, Labah, Sadat, bref avec beaucoup de joueurs absents. Or, je ne peux pas tourner sur un effectif de 25 joueurs tous titulaires en ligue 1 comme le Maroc. On a un cœur d’équipe qui n’est quand même pas pléthorique et quand il manque 5, 6 ou 7 joueurs, bien évidemment l’équipe est très handicapée.

Vous faites un travail spécifique avec Adébayor depuis un moment. Comment ca se passe avec lui ?
Ça se passe bien, on est là tous les matins et il travaille bien. Une partie du staff est là et on a la chance d’avoir certains joueurs qui viennent nous donner des coups de main. Une préparation physique individuelle avec un préparateur physique c’est bon, mais les salles de musculation ne sont pas un terrain de football. S’il ne s’entraîne pas, il perdra petit à petit le pied, c’est-à-dire le contact avec un ballon au quotidien, les prises de balle, les petits appuis, le travail devant le but, les courses croisées, les courses contrariées, bref tout ce qui fait d’un footballeur un joueur de haut niveau. Et on remarque qu’Adébayor retrouve de très belles sensations depuis quelques jours dans ses prises de balle, dans ses frappes au but, là où il y avait un déchet énorme. Par exemple contre les Comores, on a senti qu’il a perdu l’habitude d’être en contact avec le ballon. Le travail qui est fait lui permet de retrouver tous ses appuis et comme il est tout seul, il bosse beaucoup. Donc en une séance de travail, il a énormément de contact et de temps de jeu avec le ballon. Il faut continuer comme ça pendant un mois avant de démarrer le stage de Dakar au cours duquel on va travailler la première semaine comme des fous sur tous les plans, c’est-à-dire physiquement, techniquement, tactiquement. Personne n’aura droit aux pleurnicheries. Ceux qui savent qu’ils ne sont pas capables de supporter ce travail peuvent rester à la maison. Ce sera un stage difficile parce qu’on a à préparer le match du 16 janvier contre la Côte d’Ivoire et il faut qu’on soit prêt.

Quoi qu’il advienne, vous comptez sur Adébayor pour la CAN 2017 ?
Bien sûr. Quand on a un joueur de cette dimension, on ne doit pas s’en priver. Au contraire, on doit tout faire pour le faire arriver à son meilleur niveau. Après, à quinze jours du début de la compétition, ce seront les réalités du terrain qui détermineront la décision qui sera prise ou pas. De toutes les manières, on a besoin d’Adébayor à tous points de vue. On m’avait dit qu’il était ingérable mais moi je ne remarque rien comme cela. Il est assidu à tous les entraînements et tant qu’il sera comme ça, ce sera parfait. Je pense aussi que psychologiquement, il est important dans le groupe et sera probablement la tête de pont des 23 Eperviers qui seront au Gabon. Il fait beaucoup d’efforts pour ça.

Le prochain regroupement se fera le 1er janvier au Sénégal. Comment ça se présente déjà ?
Le Sénégal est l’endroit rêvé, parce qu’au niveau climatique c’est très agréable à ce moment de l’année. On va jouer au Gabon probablement dans la chaleur. Donc il ne faut surtout pas se préparer dans les pays où il fait chaud parce que ça fait dépenser beaucoup d’énergie. Il faut au contraire régénérer l’organisme avant de jouer dans la chaleur. Il fera 23 ou 24 degré et on sera au bord de la mer. Ça nous permettra de travailler le foncier le matin à 6 heures puis de faire des séances techniques à 10 heures et à 16 heures sur le terrain des Diambars, un très bon terrain situé à cinq minutes de l’hôtel. Ce qui veut dire qu’on sera dans l’efficacité en permanence. J’ai déjà fait un stage là-bas avec une autre équipe nationale. Ils savent comment on reçoit une équipe, ils savent les rations alimentaires qu’il faut et la diététique qu’il faut pour une équipe, bref comment s’organise la vie autour d’une équipe. Donc ils sont déjà rompus à la tâche et ça évite de perdre du temps. Et ce qui compte dans le football, c’est de travailler beaucoup sans perdre du temps et de l’énergie. Ce qui va se passer à Oyen on le sait, puisqu’une fois de plus, la CAF a décidé de jouer la CAN dans une ville qui n’est pas du tout adaptée pour une telle compétition, une ville avec peu d’infrastructures et des hôtels insuffisants, de grandes distances entre les hôtels et les lieux d’entraînement. Mais on sait que ceux qui prennent de telles décisions n’ont jamais tapé dans un ballon de football et c’est compliqué de leur expliquer qu’une délégation, c’est un peu plus de trente personnes. Nous on n’est pas très nombreux, on est que 12. J’ai discuté avec Hervé Renard et eux ils sont 18. Dans d’autres équipes, le staff compte jusqu’à 21 personnes. La CAF elle reste toujours dans la logique de 30 personnes par délégation. Et quand on sait que chaque équipe compte 23 joueurs, ça veut dire qu’il n’y aura que 7 accompagnants, ce qui est invraisemblable. On est au 20ème siècle et c’est inadmissible que les gens n’évoluent pas avec leur temps. Il est temps qu’on fasse comme en Coupe du Monde. Les membres d’un staff ne viennent pas en touriste. Chacun a un énorme boulot à abattre.

Irez-vous au regroupement avec vos 23 joueurs ou c’est à l’issue du stage de Dakar qu’on connaîtra la liste des 23 ?
Vous posez la question qui est la plus douloureuse pour un sélectionneur. C’est deux formules : ou on prend 23 joueurs et on laisse une liste de 5 ou 6 noms à l’extérieur en disant ‘’préparez-vous’’. C’est la solution la plus simple pour un entraineur. Mais moi ça ne me paraît pas efficace. Moi je choisi en général toujours la formule la plus douloureuse qui est de prendre 26 joueurs d’en éliminer 3. Et ça, je le fais depuis que je suis sélectionneur. J’ai fait des coupes d’Afrique, des coupes du monde, des coupes d’Asie des jeux d’Afrique des coupes du golfe, des coupes de France, des coupes de la ligue, et c’est le moment du choix où on se sépare de certains visages, de certains sourires, qui sont pour moi des moments plus douloureux de toute ma carrière. Mais si là aussi on veut être efficace, on ne peut pas faire autrement.
Donc il y aura 25 ou 26 joueurs en stage. Et puisque la 1ère liste devra être donnée à la CAF d’ici le 4 janvier, on sera obligé de la donner. Mais les joueurs qui ne seront pas sur cette liste resteront avec nous jusqu’à la fin du stage parce qu’on ne peut pas faire un camp d’entrainement à 23. Si on faire une opposition, il n’y aura que 3 gardiens et 20 joueurs de champ. Si vous avez 1 ou 2 blessés ou quelqu’un qui a un palu et tout, on se retrouve avec 8 contre 10 avec un entraineur du staff qui vient jouer le 10ème ou 11ème homme et ce n’est pas bien. On est obligé de garder des joueurs qui savent qu’ils ne font pas partis de l’aventure coupe d’Afrique mais en général qui ont l’intelligence de jouer le jeu jusqu’au bout. Pour un sélectionneur, quand il faut éliminer des sourires des visages, c’est très difficile. Je me rappelle de cette Coupe d’Afrique où j’ai été obligé d’éliminer des joueurs emblématiques du Cameroun, des joueurs qui étaient professionnels et qui jouaient en pro. Tout simplement parce que j’avais déniché tout une jeune génération, j’avais décidé de ne pas les prendre dans les 23. Et leur annoncer que je ne les sélectionnais pas était terrible. Mais mon job est de leur annoncer et de leur expliquer pourquoi. Bien évidemment pour eux c’était terrible, mais quand on a été champion quelques semaines après, je n’ai pas oublié que c’est grâce à ces gens là qu’on avait pu arriver là où on était. Chacun a participé à poser sa pierre à l’édifice. Quelques fois, certains maçons ne vont pas en haut du mur, ils quittent l’architecte ou le maître d’œuvre avant d’avoir définitivement construit le mur mais faut pas oublier qu’au départ de la construction ils étaient là.

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