Le rapport 2016 du syndicat mondial des footballeurs (FIFpro) a été présenté ce 22 décembre. Le document s’inquiète des droits et des conditions de travail des footballeurs africains, y compris les marocains. Absence de contrat, salaire très bas, retard de paiement…Certains joueurs évoluant en Afrique s’estiment régulièrement lésés. Coup d’œil sur les pratiques et les abus au Maroc.

Contrats inexistants et salaires en dent de scie

Si les contrats de travail sont, en théorie, exigés au Maroc, le rapport note que 3,3 % des joueurs interrogés par le syndicat ne bénéficient pas d’un contrat légal, au royaume. Des chiffres à mettre en perspective toutefois, lorsqu’on sait qu’au Cameroun, ce taux atteint 65,4 %. En Tunisie, tous les joueurs sont sous contrat.

Concernant les salaires, les joueurs marocains figurent parmi les mieux payés en Afrique. Seuls 4,7 % d’entre eux affirment obtenir moins de 1 000 dollars par mois, soit un peu plus de 10 000 dirhams. A titre de comparaison, au Ghana, 99,9 % des joueurs vivent avec un salaire inférieur à ce seuil. En Égypte, ils sont 94,1 %. Dans les grands championnats européens où évoluent les plus grandes stars du ballon rond, les pourcentages sont très faibles : en France, seuls 2,7 % déclarent vivre avec un salaire inférieur à 1 000 dollars. En Italie, 2,4 %.

Sécurité de l’emploi

Le Maroc figure, selon le rapport, parmi les pays les plus concernés par les « retards de paiement ». A cet égard, FIFpro explique que certains joueurs ressentent un sentiment « d’insécurité » quant à ce sujet. La Tunisie ou le Cameroun sont également concernés. Sur la base d’une échelle allant de 1 (sentiment Très instable) à 5 (sensation Très sécurisé), il a été demandé aux joueurs du monde de qualifier le sentiment de sécurité de l’emploi au sein de leur club. Le Maroc arrive dernier du classement, avec une moyenne de 1,88.

Le rapport l’explique: l’évolution récente du football, y compris l’augmentation des dépenses de transferts, expose de plus en plus les joueurs au risque de salaires impayés. Ainsi, 41% des joueurs dans le monde ont déjà constatés des retards alarmants de paiement. Au Maroc, ce taux monte à 83,70%.

Santé et bien-être : le royaume bon élève…

Selon la convention internationale BIT, censée régir les conditions de travail des footballeurs, une période de repos hebdomadaire consécutive de 24 heures est nécessaire, afin d’évaluer l’état de bien-être des footballeurs. Selon l’enquête réalisée par FIFpro, seuls 12,5 % des joueurs interrogés affirment qu’ils bénéficient d’une journée entière par semaine sans obligation au sein de leur club. Au Maroc, ce taux est inférieur à la tendance mondiale : seuls 2,9 % estiment ne pas pouvoir bénéficier d’une période de repos hebdomadaire.

En ce qui concerne les congés rémunérés, le Maroc se classe là aussi parmi les 10 pays dans lesquels les joueurs s’estiment satisfaits des congés proposés par leur club, avec un taux de 76,6 %.

Congé annuel par régions

Congé annuel par région

…mais souffre du manque d’infrastructures

Les joueurs ont été interrogés par le syndicat FIFpro sur les infrastructures dont disposent leurs clubs. Il leur a été demandé de noter notamment l’accès aux soins et le soutien médical, proposés au sein de leurs structures. Sur l’échelle de 1 (non satisfait) à 5 (très satisfait), le Maroc pointe à la dernière position du classement, avec une moyenne de 1,87. Ce taux, alarmant, reste loin de la moyenne mondiale, qui dépasse la moyenne de 3 sur 5. Sans surprise, les pays africains arrivent en tête des pays insatisfaits des structures proposées ou disponibles.

Les joueurs évoluant en Afrique, principales victimes des inégalités

L’enseignement principal du rapport du syndicat FIFpro réside dans les fortes inégalités encore présentes entre l’Afrique et le reste du monde. « Dans beaucoup de pays africains, les footballeurs professionnels n’ont pas de statuts clairement définis ou même pas de statut du tout », a ainsi déploré la star du football ivoirien Didier Drogba, lors de la mise en ligne d’une carte interactive sur les conditions de travail dans le foot. « Beaucoup de footballeurs africains n’ont pas droit aux vacances et n’ont pas accès aux soins dont ils ont besoin pour travailler. Cela doit changer », souligne le président d’honneur de la division Afrique de la FIFPro.

Comment cette enquête a été réalisée ?

En tout, 54 pays se sont pliés à l’exercice des questionnaires proposés par FIFpro. 13 845 joueurs du monde entier ont ainsi répondu aux questions liées à l’insécurité de l’emploi, aux conditions de travail et à la solidité de leur contrat. Concernant le Maroc, 288 joueurs se sont attelés à la tâche. Toutefois, contrairement à d’autres pays comme la France, l’Angleterre ou l’Italie, seul le championnat principal du Maroc (La Botola) a été sondé.

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