L'hôte de la Coupe d'Afrique des nations 2017, prévue du 14 janvier au 5 février, n'est autre que le Gabon. Le pays, qui avait déjà co-organisé la compétition en 2012, sort pourtant d'une grave crise politique avec la réélection contestée d'Ali Bongo d'une poignée de voix (officiellement) face à l'opposant Jean Ping. Alors que les plaies sont loin d'être pansées, est-ce bien raisonnable d'organiser un évènement planétaire ? Pas sûr...

Les polémiques ont commencé dès l'attribution de cette CAN. Favorite, l'Algérie n'a pas compris pourquoi elle avait été recalée "avec le meilleur dossier". Le responsable ghanéen Randy Abbey affirme avoir eu vent de la victoire de l'outsider gabonais "deux jours avant le scrutin". Deux ans plus tard, on ne connaît toujours pas la répartition des votes. "On nous a amenés dans la salle de conférence et Issa Hayatou [le président de la Confédération africaine de football] est arrivé avec son papier indiquant que le Gabon avait gagné", fulmine Abbey.

Va pour le Gabon. Au moins est-on sûr de l'engouement au sommet de l'Etat : le président Bongo est fan de ballon rond au point de faire le déplacement... pour des finales de Ligue des champions, comme Chelsea-Bayern en mai 2012, où il figure en bonne place au milieu de la tribune officielle. "Il fait venir l'équipe du Brésil, le Portugal de Cristiano Ronaldo, et a même organisé un carnaval avec des danseuses brésiliennes, sans que ça corresponde à une tradition gabonaise, le tout aux frais du contribuable", rappelle l'économiste gabonais Mays Mouissi, interrogé par franceinfo.

Mobiliser la population s'avère une autre paire de manches. Malgré une communication intense, des affiches placardées partout dans les quatre villes hôtes et des prix attractifs (premier prix à 80 centimes d'euros), la mayonnaise tarde à prendre. Lors de l'ouverture officielle de la billetterie, la mascotte Samba était bien seule... "A cette allure, nul doute que les gradins seront occupés par les
forces de l’ordre en civil ainsi que leur famille comme lors des meetings d’Ali Bongo. C’est le modus operandi du pouvoir ici", soupire un habitant de Libreville, interrogé par le site Afrik Foot.

Les Gabonais ont-ils encore le cœur à la fête ? La situation a bien changé depuis 2012. A cause de la baisse du prix du pétrole, les recettes de l'Etat sont en forte baisse. Le budget annuel a ainsi été baissé de 5% pour cette année, la dette publique a triplé depuis l'arrivée d'Ali Bongo au pouvoir et l'austérité a été officiellement instaurée après une réunion avec le FMI.

Dans ces conditions, organiser une CAN dont le budget est quasiment le double du PIB de la Centrafrique fait désordre. D'autant plus que l'exécutif a repoussé les élections législatives... faute d'argent. Et que le vent de fronde des lycéens étudiant en classe assis sur des troncs d'arbre faute de bancs a beaucoup tourné sur Facebook.

"Pendant qu'on dépensait 800 milliards de francs CFA pour le football, autant que les budgets de l'Education, du Logement et de la Santé cumulés, on n'a pas construit une école dans le pays, dénonce Mays Mouissi. On en a même installé une dans une aile d'un stade de Libreville situé dans une banlieue résidentielle." Un sens des priorités dénoncé par l'ex-ambassadeur des Etats-Unis dans le pays, cité par Foreign Policy : "Ali Bongo a gaspillé de l'argent en organisant la CAN, en bateaux de course ou quand il s'est offert un Boeing 777." Et ce alors même que la compagnie nationale a fait faillite.

Forcément, ces difficultés économiques se ressentent sur l'avancée des travaux pour accueillir la compétition. Le match amical destiné à tester les infrastructures du stade d'Oyem a été repoussé de quinze jours. La presse gabonaise s'était émue de la qualité déplorable de la pelouse, et de l'absence d'électricité et d'eau potable dans l'enceinte. On trouve aussi dans le budget prévisionnel de la compétition la somme d'1,5 million de francs CFA pour relier le stade de Libreville au réseau d'eau et d'électricité. Les projecteurs fonctionnaient pourtant parfaitement lors de la CAN 2012...

Le stade de Franceville, qui a servi à plus de mariages que de matchs depuis sa construction en 2011, a dû être rénové, moyennant un milliard de francs CFA. Quand au stade Omar-Bongo de Libreville, qui devait accueillir la finale, il a été purement et simplement recalé par la CAF devant le retard abyssal pris par les travaux. "C'est un véritable scandale, quand on sait que sa rénovation a commencé en 2006... et qu'il avait déjà été retoqué pour la CAN 2012", fustige Mays Mouissi, qui a calculé qu'il s'agissait du stade le plus cher d'Afrique dans sa catégorie.

Le climat politique dans le pays ne va guère mieux. Le Gabon reste coupé en deux, entre les régions côtières massivement acquises à Jean Ping, et l'intérieur des terres qui a massivement soutenu Ali Bongo. "On ne doit pas confondre le football et la politique, la Coupe d’Afrique des Nations doit être un moment de communion au-delà des rivalités", tente d'apaiser la Fédération gabonaise de football sur le site Afrik.com.

Lors de ses vœux pour 2017, le président Ali Bongo a souhaité que la compétition permette "des occasions de joie, de cohésion et de bonheur partagés". Des vœu pieux. Prenez la mascotte Samba, une panthère. Jusqu'au scrutin présidentiel qui a mis le feu aux poudres, elle arborait un tee-shirt jaune, couleur traditionnelle de l'équipe nationale. Et du jour au lendemain, le vêtement est devenu blanc. Comme pour se démarquer du camp Ping, dont le jaune est la couleur fétiche, relève le site Info241. Les dénégations officielles n'ont pas apaisé les doutes sur les réseaux sociaux.

Début décembre, deux activistes ont appelé à un boycott de la compétiton. Une pétition circule pour demander de renoncer à cette folie financière (dont les dépenses sont quand même très largement engagées), de même que des appels au sabotage. Ces derniers émanent d’"activistes déjà identifiés venant transposer leur frustration politique résultant de leurs échecs électoraux sur le sport en général et le football en particulier", dénonce la ministre des Sports, menaçante.

Samedi 14 janvier, la compétition débutera sous tension. "On va jouer en faisant le meilleur des résultats possible pour que la haine et la rancœur s’effacent, confie à Gabon Eco le gardien remplaçant Anthony Mfa, porte-parole de joueurs qui craignent d'être instrumentalisés. Rien ne va changer ce qui s’est passé, ça c’est sûr et certain."

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