Comment renouer avec les performances sportives d’antan? Est-ce une question de moyens, de volonté politique ou de culture sportive? Pendant deux décennies, le Maroc a fait partie des meilleurs en athlétisme, foot, boxe, tennis… Mais, depuis 15 ans, la donne a complètement changé. Le Royaume a dégringolé dans les classements, toutes disciplines confondues. Plus précisément, depuis 2004, la machine semble grippée. Que s’est-il passé entre-temps?


Le problème n’est pas celui d’infrastructures ou de moyens, mais plutôt de l’humain, s’accordent à dire les spécialistes(1). Pour preuve: le budget consacré en 2017 au ministère de la Jeunesse et des sports dépasse les 2,6 milliards de DH, soit une hausse de 33% par rapport à l’exercice précédent.

«Jamais dans l’histoire du Maroc le budget du sport n’a atteint un tel montant», relève Rachid Mrabet, professeur, directeur de l’école doctorale du groupe ISCAE. Autrement dit: les moyens sont là, mais les résultats ne suivent pas. Pour Mrabet, le facteur déterminant n’est autre que l’engagement de l’Etat. «Plus l’Etat mettra de l’argent, plus il y aura de champions», assure-t-il. Mais ce n’est pas tout. Les leviers pour fabriquer des champions commencent en amont avec la détection des jeunes talents, leur formation dans des écoles de l’excellence, mais aussi la formation des profils qui vont les encadrer notamment, directeurs techniques, entraîneurs…). Aziz Daouda, directeur technique de la Confédération africaine d’athlétisme, abonde dans le même sens. «Quand vous avez une bonne politique de détection, vous avez déjà parcouru 60% du chemin», précise l’ex-DTN de l’athlétisme. Tout le reste (politique, budget, formation…) ne contribue qu’à hauteur de 40%.

C’est dire que le potentiel humain est déterminant. Selon Daouda, il faut se réorganiser de façon à optimiser les moyens importants injectés dans le sport depuis des années. L’erreur à ne pas commettre est de considérer que construire des stades permet d’avoir des champions. «Des dizaines d’infrastructures sportives ont fermé les portes faute de ressources humaines adéquates», a-t-il souligné.
Même les centres sportifs de proximité (CSP) ne favorisent pas l’éclosion de champions dans les quartiers les plus démunis. «L’idée était bien au départ, mais ces CSP favorisent tout au plus l’animation dans les quartiers», estime le directeur technique. L’obligation de payer pour y accéder pèse sur les budgets des familles. «Ce sont surtout les seniors, ayant les moyens de payer, qui y ont accès», déplore Daouda.

Pour améliorer les performances sportives, les éléments déterminants se résument selon Daouda, au potentiel humain, la formation des cadres, le volet réglementaire et le star-system. Or, depuis la fermeture des ENS, les professeurs d’éducation physique ne sont plus formés selon les règles de l’art. «L’on se contente d’une petite formation donnée aux licenciés d’autres disciplines pour ensuite les déployer dans les établissements scolaires», témoigne Daouda. Autre handicap et non des moindres: les stars nationales du sport ne sont pas suffisamment mises en valeur. «Les jeunes ont besoin d’icônes comme Ronaldo ou Messi pour aimer le sport», insiste-t-on.

Pour la détection des talents en amont, Daouda préconise de penser à des solutions adaptées au contexte marocain. «Il ne suffit pas de transposer les expériences européennes ou américaines. Il faut innover et non suivre», est-il expliqué.
Même constat pour Nasser Larguet, directeur technique de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), qui souligne le manque de profils spécialisés. «Nous manquons cruellement de véritables techniciens: éducateurs, préparateur physique…», explique-t-il. Pour pallier ce manque, l’Académie a lancé le projet de construction de 4 centres régionaux de formation de football (Saïdia, Larache, Ifrane et Agadir).

Ils sont dimensionnés pour recevoir 120 jeunes (80 garçons et 40 filles).
Ils sont recrutés dès leur plus jeune âge (à partir de 12 ans) après un processus de sélection très rigoureux. «Nous avons passé en revue 15.000 jeunes pour ne garder au final que 37», précise Larguet. Parmi ces derniers, 18 ont suivi le cycle de formation de 6 ans, 17 ont signé des contrats (dont 4 à l’étranger) et 2 sont aujourd’hui dans les rangs de l’équipe nationale.

Pour rappel, l’ISCAE a été l’un des premiers établissements à lancer des master spécialisés dans le management sportif. Aujourd’hui, 120 managers diplômés exercent dans les fédérations, les clubs, les associations sportives… Pour sa part, la FRMF a conclu une convention avec l’Ofppt pour entamer des formations de responsables administratifs, stadium manager, football manager…

Chiffres-clés

- Le Maroc est le 1er pays en Afrique en termes d’investissement dans le sport
- Le budget prévisionnel alloué au sport est estimé à plus de 2,6 milliards de DH, en hausse de 33% par rapport à l’exercice précédent.
- Il faut en moyenne tester 10.000 jeunes pour détecter un talent. Ce ratio est valable pour toutes les disciplines sportives.
- Une politique performante de détection de nouveaux talents équivaut à 60% du chemin parcouru. Les 40% restants représentent la politique de formation, l’encadrement, les infrastructures…

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