A l’instar de pointures mondiales du ballon rond, le championnat turc attire de plus en plus de footballeurs marocains. Onze d’entre eux ont déjà rejoint la Süper Lig


Le 29 juin 2017, l’international marocain Younes Belhanda atterrit à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. Il vient d’être transféré à Galatasaray, le club le plus titré de Turquie, qui a déboursé 8 millions d’euros pour s’attacher les services du numéro 10 des Lions de l’Atlas. Il y est accueilli par une foule en liesse. Des centaines de fans se bousculent pour arracher un autographe ou prendre un selfie avec le nouveau sociétaire du club jaune et rouge. Quelques jours plus tôt, son coéquipier en sélection nationale, Nabil Dirar, paraphait un contrat de trois ans avec Fenerbahce, le rival juré de Galatasaray. Au Fener, Dirar retrouve un ex-pensionnaire de l’équipe nationale, Aatif Chahechouhe, qui a rejoint le club en 2016, après avoir foulé pendant quatre ans la pelouse du Sivasspor.
Au fil des saisons, une mini-communauté de footballeurs marocains s’est formée au pays d’Erdogan. Ils sont dix à défendre les couleurs de clubs de Süper Lig, la première division turque, auxquels il faut ajouter l’ex-milieu défensif du FUS de Rabat, Marwane Saâdane, récemment relégué en deuxième division avec le Çaikur Rizesport. Plusieurs raisons poussent nos professionnels à s’exiler pour taper le cuir sur les pelouses turques. Des ambitions sportives Même si elle reste dominée par le trio stambouliote Galatasaray-Fenerbahce-Besiktas, la Süper Lig reste un championnat relevé, souvent comparé à la Liga espagnole. Signer avec un club turc, c’est la garantie de se frotter à de grosses pointures du football européen. Du point de vue d’un joueur évoluant dans des championnats de seconde, voire de troisième zone, c’est l’occasion de faire ses preuves devant des superstars du calibre de Sneijder et Robin van Persie. Deux cadors transférés respectivement pour 3,5 millions et 5,5 millions d’euros et touchant des salaires annuels de 3,2 millions et 4,9 millions d'euros. “Voir des joueurs comme Samuel Eto’o et Quaresma s’engager avec des clubs turcs et ne rien perdre de leur niveau de jeu est une motivation pour les joueurs étrangers. Alors qu’un transfert vers le Qatar, la Chine ou la MLS américaine laisserait croire qu’ils se sont essoufflés”, nous explique Kaan Bayazit, journaliste sportif turc et expert de la Süper Lig. Il ajoute : “Pour des joueurs en fin de carrière qui dé- sirent garder leur place en équipe nationale, la Turquie représente une option viable. A contrario, rejoindre le Qatar ou le championnat des Etats-Unis collerait au joueur l’image de quelqu’un qui fait le choix de la facilité.”
Le championnat turc connaît une croissance continue que les chiffres traduisent bien. La Süper Lig est classée depuis plusieurs années au 10e rang du classement UEFA des championnats, qui détermine le nombre d'équipes par pays participant à la Ligue des champions et à la Ligue Europa. En 2016, le championnat turc s’est non seulement placé devant les ligues belge et ukrainienne, mais surtout devant la mythique Eredivisie, la première division néerlandaise. “Lorsque j’ai reçu l’offre de Malatyaspor, je n’ai pas hésité une seconde. Jouer dans un championnat de première division, quel que soit le pays, était pour moi un objectif, je ne pouvais pas refuser. Le championnat turc se développe et on voit de plus en plus de joueurs de grands championnats, et des stades souvent remplis”, nous confie l’international marocain Issam Chebbake, ex-sociétaire du Havre AC, club de Ligue 2, récemment transféré au Evkur Yeni Malatyaspor pour près de 600 000 euros. Aux yeux des plus ambitieux, un passage en Turquie peut être également perçu comme un tremplin vers des clubs plus prestigieux en Europe. La récente acquisition de Digitürk, dé- tenteur exclusif des droits TV de la Süper Lig par le géant BeIn Sports, signifie que le championnat sera diffusé sur le Vieux continent, particulièrement en Espagne et en France, où le groupe médiatique qatari est omniprésent.
Loin de l’exotisme des pays de l’ex-bloc communiste où une diaspora marocaine s’est développée au début des années 2010, à l’image de Belhanda (Ukraine) et Mehdi Carcela (Russie), la Turquie offre un contexte culturel idoine pour les joueurs marocains. “La ville aux mille mosquées (Istanbul, ndlr) permet aux joueurs maghrébins d’être en phase avec leur pratique cultuelle. Cette donnée pèse de tout son poids quand on connaît le degré de piété de certains footballeurs”, explique Nasser Mabrouk, journaliste sportif spécialisé dans le football maghrébin et contributeur à RFI et Libération. De plus, pour les familles des joueurs, dont l’avis influe considérablement sur la décision finale de l’athlète, l’Anatolie, du fait de sa vie sociale très riche et de son patrimoine culturel, offre un cadre de vie qui n’a rien à envier aux pays d’Europe occidentale.
Un gros salaire à la clé
Outre l’argument sportif, la Turquie a aussi des atouts financiers séduisants. “Il ne faut pas se mentir, la plupart des joueurs qui optent pour la Turquie sont d’abord attirés par l’argent”, affirme Kaan Bayazit. La raison ? “Les mastodontes turcs sont capables de s’aligner sur des tarifs pratiqués dans des championnats plus huppés comme ceux d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne et de France”, renchérit Nasser Mabrouk. Issam Chebbake lui-même nous avoue qu’au moment de son transfert “l’aspect financier a été un élé- ment primordial”. Il faut également souligner que la majorité des clubs turcs sont la propriété de milliardaires qui peuvent compter sur l’argent généré par les droits de retransmission télé. Des droits qui devraient enfler depuis le rachat de Digitürk par BeIn Sports pour la somme mirobolante de 590 millions de dollars. Une opération qui fait de la ligue turque le sixième marché européen en termes de valeurs. Autre argument de poids, le faible taux d’imposition appliqué aux joueurs évoluant sur le sol turc. Si les footballeurs sont tenus de payer 45% de leur salaire en taxes en Grande-Bretagne et 50,3% en France, la Turquie a fixé à 10% seulement le taux d’imposition pour les joueurs de première division et 5% pour les ligues inférieures. Après la Bulgarie, la Turquie est le pays qui a le taux d’imposition le plus faible pour les joueurs en Europe. “Cette donnée fait que les clubs turcs sont en mesure de proposer, en net, des salaires que les autres clubs européens proposent en brut”, explique Nasser Mabrouk. Même son de cloche du côté d’un célèbre agent de joueur turc, qui nous confie que plusieurs joueurs marocains et maghrébins, séduits par les avantages fiscaux en vigueur, l’ont contacté via leurs agents personnels pour leur dégoter des contrats dans des clubs turcs.

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