Le bilan du football national dans les catégories de jeunes est alarmant. Le Maroc n’arrive plus à rivaliser avec ses voisins sur le plan continental et n'existe pas à l’échelle internationale.
Pourquoi? Y a-t-il des raisons d'espérer mieux? Décryptage.Le meilleur moyen de prédire votre avenir, c'est de le créer. Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis.
Le bilan
Hormis la qualification à la Coupe du Monde 2018 et le titre de champion d’Afrique des locaux (CHAN), le football national est quasiment absent des phases finales des compétitions africaines ou mondiales quand il s’agit des catégories de jeunes (U23, U20, U17).
Depuis des années, les Lionceaux peinent à se hisser au niveau continental et ne participent que trop rarement aux tournois. La Coupe d’Afrique des Nations, le Mondial ou encore les Jeux Olympiques sont des mirages.
Concrètement, deux Coupes du Monde (U20 et U17) ont eu lieu l'année dernière et le Maroc n'y était pas. Les moins de 20 ans ne participeront pas non plus à la Coupe d'Afrique des Nations de la catégorie, éliminés par la Mauritanie. Les U20 et les U17 peuvent, eux, toujours espérer se qualifier. Mais y parviendront-ils?
Abracadabra
Inquiète face à ce constat, la FRMF décide en 2014 une refonte de la direction technique nationale et confie les destinées du football marocain à un spécialiste de la formation, en l’occurrence Nasser Larguet. Muni d’un projet, le nouveau DTN opte pour “une restructuration profonde des modes de management, d’encadrement et de préparation des équipes nationales”.
Plusieurs centres de formation voient le jour à travers le Royaume dans les villes d’Agadir, Tanger, Saidia dans l’oriental, dans la région de Settat ou encore à Ifrane.
Mais qui dit formation, dit formateurs et encadrants. Former de la même façon qu’en Europe ne se fait pas du jour au lendemain. Un projet d'une telle envergure exige, en plus d'une enveloppe financière consésquente, des ressources humaines, des structures adéquates, et du temps.
La France qui vient de remporter la Coupe du Monde pour la deuxième fois, avait lancé son projet de restructuration du football national au début des années 70. Elle n'en a récolté les fruits que quelques décennies plus tard en triomphant au Mondial 98. En Belgique, la génération des Hazard, Lukaku, De Bruyne a commencé à jouer ensemble depuis les années 2000, moment où la Belgique a décidé de copier le modèle français.
C’est dire si la restructuration du football au niveau national est une affaire de longue haleine et de patience. Pareil pour les résultats. Au Maroc le plan lancé en 2014 va s’étaler jusqu’à la saison 2020/2021. Des premiers résultats sont attendus dès 2019. À moins de tomber sur une génération spontanée, il faudrait être magicien pour faire décoller d'un coup les catégories de jeunes du Maroc. Rome ne s'est pas faite en un jour, dit le proverbe...
La politique du bricolage
C'est toujours agréable de voir des Marocains nés et formés ailleurs, revenir défendre les couleurs nationales. Mais alors il faut se demander à quoi sert la formation de jeunes joueurs locaux s’ils ne peuvent progresser en jouant en compétition, car barrés par des jeunes gens plus talentueux et mieux formés?
Il se trouve qu'une bonne partie des jeunes marocains de l'étranger qui rejoignent les équipes nationales de jeunes, jouent déjà en pros en Europe. Mais ils sont rarement libérés par leurs clubs pour participer aux stages. Et alors que se profile un rassemblement en août pour les éliminatoires de la CAN U23, nous apprenons qu'une liste d'attente a été créée, car les joueurs issus de clubs européens ne sont pas certains de pouvoir y participer.
Résultat? Les locaux se sentent dévalorisés, ce qui est toujours contre-productif.
À qui la faute? Les jeunes joueurs qui veulent défendre les couleurs du Royaume ne sont pas responsables de cette situation. C'est à la Fédération Royale marocaine de football de cesser ce petit jeu du hasard. Espérer trouver des pépites en Europe pour faire briller le maillot rouge et vert chez les jeunes est une vision court-termiste et aléatoire. En aucun cas ce n'est une politique de formation. La direction technique ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. À long terme, l'avenir du football marocain passera pas sa jeunesse formée sur le territoire. Le succès au CHAN cette année et la qualification pour la Coupe du Monde qui vient de se terminer sont des épiphénomènes heureux.
La politique fédérale n'est pas claire et c'est là que se trouve tout l'enjeu. Quand une sélection comme les Lions de l'Atlas présente au Mondial un nombre record de 18 joueurs formés à l'étranger, il faut regarder les choses en face. Et s'en préoccuper. Faire une confiance totale aux techniciens progressistes et ne pas faire la fine bouche quand une personnalité du calibre de Clarence Seedorf (Pays-Bas, 4 Ligues des Champions avec 3 clubs différents) vous propose son aide. À bon entendeur...
Par Kamal Mountassir

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